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les Chemins de fer de la Camargue.

 

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Les Chemins de Fer de Camargue par J.-C. Riffaud

 

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     Convertis trs tt la traction lectrique, les Chemins de fer de la Camargue furent l'un des rseaux qui subsistrent le plus longtemps aprs la guerre 1939-1945.

     Ce fut aussi une compagnie innovatrice en matire de voie puisqu'elle fut pour ainsi dire la premire utiliser des traverses en bton. De mme pour le matriel roulant, elle fut un prcurseur pour l'emploi de remorques caisses allges, caisses si lgres d'ailleurs qu'il fallut par la suite leur substituer des bogies des voitures d'origine afin que ces vhicules abandonnent la fcheuse tendance qu'ils avaient de quitter la voie sous l'impulsion des vents d'ailleurs assez violents dans cette rgion. 

     A l'origine, construit pour l'vacuation du sel des importants salins de Camargue, le rseau ne survcut pas la dcision de se passer de ses services au bnfice d'un embranchement S.N.C.F. conjointement au transfert des wagons par un bac spcialis pour la traverse du Grand Rhne. Cr pour le sel, il disparut cause du sel.

I – HISTORIQUE

A. La naissance du projet. 

     En 1855, Henry Merle, jeune ingnieur chimiste, crait dans le Gard Salindres aux environs d'Als, une fabrique de soude, le sel constituant la matire de base de cette fabrication. Pour cela Merle fit l'acquisition de 8.000 hectares en Camargue, auxquels l'tang de Giraud et les terrains voisins vinrent s'ajouter par la suite pour constituer le salin auquel l'tang donna son nom, d'o l'appellation de Salin de Giraud au bourg hbergeant pratiquement tous les ouvriers de l'usine. 

     L'usine de Salindres appartenant par la suite au groupe Pchiney utilisait pour la desserte de ses installations une voie ferre de 1,05 m. Cette voie fut sur le point en 1885 d'tre prolonge jusqu'au Salin de Giraud. En effet jusqu'alors les transports de sel se faisaient par voie d'eau jusqu'en Arles, puis par transbordement rejoignaient Salindres par le P.L.M. Cette pratique, juge trop lente, incita la Compagnie Pchiney relier directement ses installations de Salindres au Salin de Giraud par une voie ferre prive un cartement identique ses voies ferres existantes. L'excution de cette voie fut mme commence au dpart de Salindres sur 4 5 km, mais les travaux furent interrompus devant l'opposition bien comprhensible du  P.L.M. qui voyait un important trafic en passe de lui chapper si cet itinraire se ralisait. 

     Pour remdier la lenteur de ces transports, le P.L.M consentit malgr tout laisser construire au dpart de Salin de Giraud une ligne limite en Arles condition d'oprer le transbordement sur les lieux existants. Ce fut l'une des raisons pour lesquelles la gare des Chemins de fer de Camargue (C.C.) fut difie au Faubourg de Trinquetaille proximit de la gare d'eau P. L. M.

B. La premire convention

     Port devant le Conseil gnral des Bouches du Rhne, le projet y fut discut ds 1888, mais justes raisons, les lus dpartementaux demandrent d'adjoindre au projet d'une part la facult de transport des voyageurs, d'autre part un second itinraire joignant les Saintes Maries de la Mer, gros bourg clbre par ses ftes gitanes, la ville d'Arles. Ces diverses adjonctions repoussrent l'adoption des nouveaux projets l'anne suivante. Le dossier de dclaration d'utilit publique ne revint accept que le 25 juin 1889. 

     Ce dossier approuvait la Convention passe entre le Dpartement des Bouches du Rhne et Monsieur Guillot concessionnaire des deux lignes de chemins de fer voie mtrique reliant Arles d'une part au Salin de Giraud et d'autre part aux Saintes Maries de la Mer. Chaque ligne avait une longueur de prs de 38 km et devait tre exploite au moyen de la traction mcanique. La convention datait du 19 fvrier 1889 et prvoyait la constitution d'une Socit anonyme pour la construction et l'exploitation du rseau. Cette Socit fut forme le 9-12-1889 et dfinitivement constitue le 20-12-1889 pour une dure de 99 ans suivant acte pass par devant Matre Taxil-Fortoul, notaire Marseille. 

     Les premiers trains circulrent ds le 9-4-1892 pour la ligne du Salin de Giraud et le 15 aot 1892 pour celle des Saintes-Maries de la Mer.. Ds le dbut de l'exploitation, le trafic marchandises fut prpondrant sur la ligne du Salin de Giraud et presque nul sur celle des Saintes Maries de la Mer. Quant au trafic voyageurs il fut identique sur les deux lignes avec une pointe pour celle des Saintes Maries l'poque de la fte des gitans. 

C. Les extensions du rseau.

     La Compagnie dsirant augmenter son trafic se mit rechercher la concession d'autres lignes se rattachant au centre d'Arles, point vital du rseau. Un dbouch vers la mtropole la plus proche semblait rpondre aux souhaits de la direction du rseau. La seule ville importante des environs se trouvait tre Nmes, mais cette agglomration tait situe dans le dpartement voisin du Gard, ce qui ne facilita pas les dmarches. En effet une commission interdpartementale dut tre constitue. Celle-ci aprs maintes runions parvint mettre sur pied une premire Convention pour le compte des Bouches du Rhne le 20 octobre 1896. Une deuxime Convention vit le jour le 6 novembre 1896 pour la section Nmes - Fourques situe dans le Gard. 

     Ce petit retard par rapport au dpartement voisin provenait de la demande du reprsentant du bourg de Saint Gilles qui avait demand que le trac passe par son village. Si le principe de desservir Saint Gilles tait bien retenu, il ne pouvait tre question de dtourner la ligne mre. En effet le premier obstacle tait l'existence d'une ligne P.L.M. reliant Saint Gilles Arles et empchant le trac direct. D'autre part il fut question de se raccorder Albaron sur la ligne des Saintes Maries : chose impensable, le trac direct Nmes Arles tant abandonn, il aurait t alors plus facile d'emprunter le P.L.M. et le bnfice escompt aurait t nul pour les C.C. La solution consista en la cration d'un embranchement se dtachant de la ligne Nmes-Arles la station de Bouillargues et joignant Saint-Gilles en trac direct. Une nouvelle convention fut alors tablie le 5 novembre 1896 concernant cet embranchement. 

     Le dossier de dclaration d'utilit publique comprenant les projets des deux lignes fut adress au Ministre qui le retourna accept le 29-12-1897 pour la section Nmes-Arles seulement, rservant son accord pour l'embranchement de Saint Gilles. Les travaux commencrent immdiatement pendant que le Dpartement du Gard essayait de prouver l'administration centrale l'utilit incontestable de la desserte de Saint Gilles. Aprs deux ans d'efforts, ceux-ci furent couronns de succs par la dclaration d'utilit publique de ce tronon le 31 mars 1899. Les travaux de la ligne touchaient alors leur fin puisque l'ouverture d'Arles - Nmes eut lieu le 1er aot 1901. Quant l'embranchement il fut ouvert l'exploitation le 1er mai 1902. 

D. Les projets d'lectrification.

     Ds le dbut de l'exploitation des difficults se firent jour pour le ravitaillement en eau des machines, principalement aux deux terminus camarguais des Saintes Maries et du Salin de Giraud, l'eau utilise tant de trs mauvaise qualit. En Arles des difficults eurent lieu galement, l'alimentation en eau par la ville n'tant pas convenablement assure. Les C.C. durent augmenter la capacit des rservoirs afin de pallier le dbit irrgulier du fournisseur. De plus il s'avra que les 3 trains mixtes journaliers n'taient pas suffisants pour la desserte des gares du rseau. Il fallut alors envisager la sparation du trafic voyageurs de celui des marchandises et accrotre la vitesse et la frquence des convois de voyageurs. 

     La solution consistait l'poque lectrifier les lignes, le matriel moteur vapeur ne convenant pas ce genre d'exploitation. Des tudes dbutrent sur ce sujet ds 1903 et se poursuivirent jusqu'en 1905, date laquelle la Compagnie proposa aux deux Dpartements concerns l'lectrification de son rseau. Le Dpartement du Gard accepta d'emble, mais celui des Bouches du Rhne n'accueillit pas favorablement cette solution, l'unanimit des conseillers gnraux n'ayant pu s'tablir sur ce sujet. Il est mme permis de penser qu'ils voulaient voir le rsultat d'une telle exprience chez leur voisin avant de se lancer dans cette coteuse opration. Ils acceptrent pourtant l'lectrification de la courte portion de la ligne situe dans leur dpartement reliant Fourques Arles. 

     De nouveau les dossiers prirent le chemin de la capitale pour la dclaration d'utilit publique qui fut promulgue le 28 dcembre 1912 (Conventions : Gard du 24-06-1912 et Bouches du Rhne du 27-06-1912) pour la ligne de Nmes Arles. Par contre pour l'embranchement de Saint Gilles les dossiers de la convention n'ayant pu tre obtenus que le 30-05-1914, la dclaration d'utilit publique ne fut prononce que le 25-01-1917 retardant les travaux d'autant. De plus l'poque tait peu favorable car le pays tait en pleine priode de guerre. 

E. Les derniers prolongements.

     Paralllement aux travaux d'lectrification, des demandes en concession concernant deux prolongements furent tudies par les conseils gnraux des deux dpartements. En effet le rseau souffrait de l'loignement du centre de la ville et de la gare P.L.M. de ses deux points d'attraction : Nmes et Arles.

     Ds 1914, le prolongement dans Arles fut accord par l'administration suprieure (DUP du 25-09-1914) d'aprs la convention du dpartement des Bouches du Rhne du 29-11-1913. Malheureusement ce prolongement ne fut jamais ralis, la ville d'Arles ayant fait opposition l'excution du projet. Il est certain que ce handicap entrana peu peu une baisse de trafic voyageurs qui prcipita la fin de l'exploitation. 

     En ce qui concerne le prolongement dans Nmes, la concession fut accorde par DUP du 22-04-1918 entrinant la convention avec le dpartement du Gard en date du 18-03-1918. Les travaux retards par la guerre ne permirent l'ouverture que le 12-07-1921, ce qui permit d'exploiter ce tronon de 1,150 km directement en traction lectrique. 

F. Les premiers trains lectriques.

     Le capital de premier tablissement, trs bas pour la transformation de la traction, obligea la compagnie rechercher le systme le moins onreux. C'est pourquoi le courant de traction choisi fut le monophas 25 Hz emprunt au rseau de la Socit de l'Energie Electrique du Littoral Mditerranen (E.E.L.M.) qui commenait difier ses lignes de distribution en Provence. Cette formule liminait toute usine centrale et sous-station de transformation. 

     Le contrat tudi en commun avec l'E.E.L.M. pour la fourniture du courant de traction fut dfinitivement arrt en 1913. Les contrats de construction de la ligne de traction et du matriel roulant furent passs d'une part avec la Socit des Applications de l'lectricit la Traction, d'autre part avec la Socit Vedovelli Priestley et Cie. Les travaux retards par les vnements de 1914-1918 ne permirent l'ouverture l'exploitation lectrique qu'aux dates suivantes et ceci grce une participation importante du personnel du rseau aux travaux d'lectrification :

_ Arles - Nmes 5 aot 1920

_ Bouillargues - St Gilles 12 aot 1920

_ Prolongement de Nmes 12 juillet 1921

G. Le ralliement des Bouches du Rhne.

     Devant les rsultats obtenus par l'acclration des vitesses et la multiplication des trains, le Dpartement des Bouches du Rhne, convaincu des bienfaits de l'lectrification, dcidait enfin la modernisation de ses lignes le 28 octobre 1928 par une convention analogue, dans ses grandes lignes, celle du Gard. Cette convention fut approuve par la DUP du 21 novembre 1928. Les travaux furent commencs aussitt et les deux lignes furent ouvertes avec la nouvelle traction lectrique le 25 avril 1932. 

     Ce retard valut au rseau, la mise en service d'un matriel plus moderne et plus puissant. Celui-ci fut rserv au trafic voyageurs et les motrices Gard furent affectes au trafic des marchandises. 

     Il est certain que l'lectrification gnrale du rseau sauva celui-ci des mfaits de la priode de l'entre deux guerres et permit de compenser heureusement les effets de la dgradation de la conjoncture conomique.

H. Les premires suppressions.

     Les C.C. souffrirent peu de la guerre 1939-1945, seul un pont sur le Petit Rhne fut endommag. 

     Sa reconstruction rapide permit le retour au service normal ds la fin des hostilits. Malheureusement, une concurrence automobile effrne partir de 1947 amena une diminution progressive du trafic et des suppressions partielles eurent lieu touchant d'abord le service des marchandises puis celui des voyageurs sur la ligne du Gard, malgr une modernisation importante des vhicules remorqus depuis 1945. 

     Le 26-08-1948 les trains de marchandises cessrent de circuler sur Nmes - Arles et Bouillargues - Saint Gilles. Le 01-01-1949 l'embranchement de Saint Gilles tait compltement ferm. Enfin le 01-01-1951 la ligne mre d'Arles Nmes tait supprime. Le trafic fut report sur la route et un service de cars institu par les C.C. qui peu peu se reconvertirent compltement la route pour le service des messageries sur leurs anciens itinraires. 

I - La fin du rseau.

     Seules subsistaient alors les deux lignes des Bouches du Rhne quand vint l'anne 1953. Le trafic voyageurs de la ligne de Saintes Maries n'tait rentable qu'une partie de l'anne, pendant l't et ne pouvait lui seul justifier le maintien de l'exploitation, le trafic marchandises tant nul, la ligne fut abandonne par voie de fer le 0110-1953. Seul le trafic du sel, trs important, permit la compagnie de maintenir en service la ligne du Salin de Giraud. L'abandon du train par les voyageurs se faisait de plus en plus sentir et le 01-10-1955 certains trains durent tre supprims pour ne maintenir que le trafic marchandises partir du 02-06-1957.

     Malgr la modernisation du transbordement en Arles par la construction d'une estacade et la mise en service de wagons trmies dchargement automatique, l'usine Pchiney du Salin de Giraud dcidait le raccordement de ses installations directement la S.N.C.F. par emprunt d'un bac pour la traverse du grand Rhne. Cet embranchement se reliant la ligne d'Arles Port Saint Louis du Rhne, il n'tait plus ncessaire de transiter par la ligne des C.C. Il est noter galement que la destruction du pont de Trinquetaille, isolant la gare d'eau de la gare d'Arles obligeait les convois emprunter la ligne S N.C.F. jusqu' Lunel pour rejoindre Nmes et Tarascon et par l allongeait le parcours de plus de 80 km avec passage au triage de Nmes.

     Le pont ne fut jamais reconstruit et de ce fait contribua largement la disparition des CC. La ligne de Salin de Giraud fit ferme tout trafic ds la mise en service du bac de Pchiney le 0109-1958. 

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_ Article : Chemins de fer rgionaux et urbains N 143 de 1977 Les chemins de fer de la Camargue par J.-C. Riffaud _

 

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